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NOTES DE BAS DE PAGE
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BON POIDS
BONNE MESURE
apa 
GENÈSE DE L'ACCUMULATION
er 
DIACHRONIE DU CONTINUUM
 
	
	AVANT PROPOS :
	
	Ces notes ne sont pas exhaustives : la ligne va rester ouverte aux ajouts pour l’enrichissement du partage des idées.
	
	LETTRE OUVERTE À RENAUD BOUCHET :
	
	Cela fait maintenant quelques années que nous pensons ensemble ce couple de créateurs.
	Avec votre vigilance implacable à prendre soin de savoir au mieux de quelle place on regarde, écoute, étudie.
	Et puis, PENSER… À la fin : oser donner à comprendre.
	
	Mon père aurait adoré ça : c’était sa phrase pour dire tout de l’acte de création. « Donner à voir pour donner à comprendre ».
	Ma mère, qui maitrise moins la phrase percutante qui veut tout dire en deux verbes, ne dépareille pas.
	
	Pour cause de « l’objectivité scientifique », sur laquelle vous avez incessamment ramené ma vigilance.
	Et puisque nous partageons le matériel archivistique, elle met en mots dans tous ces entretiens qui parlent d’eux.
	
	Donner à comprendre implique tout de go une dimension privilégiée : il y a toujours l’autre au bout du fil.
	La question de fond pose l’a priori du RELATIONNEL.
	Il est question ici de cet appétit qui fait l’essence de leur lien : de la chance de cet échange tout azimut lorsqu’il peut avoir lieu.
	
	Ne pas craindre d’oser les hypothèses. Ne pas avoir peur de les abandonner en cas de doute in fine sur la crédibilité.
	Dans ce long labeur passionné à la recherche, qui avec vous, chaque fois ramène à la mobilité du verbe : CHERCHER.
	
	Avec comme moteur, cette différence entre le concept enfermé dans l’immobilisation qui relance le mouvement par l’activité du verbe.
	Et ce que cela ne manque pas de générer dans l’échange - relationnel - de fait.
	De la concentration à la route droit devant. Ne pas hésiter à emprunter les chemins de traverse.
	Oser, parfois, les regards vers le ciel pour l’élévation… Ou le risque de se perdre des échappées dans la profondeur des terres.
	
	Ouvrir en cercle à deux, trois ou plus, dans la convenance implicite que l’on peut tour à tour, c’est selon, tenir la barre au cap de ce voyage.
	Comprendre sans s’y perdre. J’ai appris d’eux ce que je tente de décrire. C’était leur lien. La spécificité de leur lien.
	Leur histoire d’amour au regard de ce secret des choses les concernant devient un ordinaire anecdotique qui risque de perdre cet essentiel.
	
	Je tente ici de démontrer que c’est cela (et cela seul) qui permet d’ouvrir la boite de Pandore de leur pacte : pour l’une comme pour l’un.
	La formule joue en miroir. C’est de cette manière qu’ils ont cultivé (et bien fait fructifié !) ce que l’on sait maintenant, au bout, de ces deux.
	
	Deux grands créateurs : parce qu’ils transportent un important message. Sans les mots : l’Image pour l’un et le Son pour l’autre.
	
	Je voudrais bien réussir à mettre quelques mots concernant cet indicible…
	
	
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	Vous dites, vous, dans ce tome 1 des quatre tomes prévus pour rendre compte de « La génétique de l’Accumulation » rb
	que vous savez qu’il faille continuer de chercher.
	Vous avez lu et relu leurs mille lettres échangées.
	Vous leur avez parlé, à tous les deux. 
	Nous avons parlé d’eux, beaucoup.
	
	Pourvu que je réussisse à vous donner à lire : images, sons et mots, pour vous aider à comprendre…
	Ce que je peux résumer en une phrase simple : lorsqu’on a trouvé la solution au problème, il ne semble plus compliqué.
	
	Quoi de plus naturel que de parler ensemble ?
	
	Nous invitant à PENSER ce RELATIONNEL.
	
	C’était cela leur crédo : parler ensemble, qui a fait d’eux ce qu’ils sont devenus.
	
	Le vôtre, je sais, c’est la rigueur scientifique : voici donc le matériel archivistique. 
	Pour un bon poids, bonne mesure !!!
	
	

auto
	
	Cette photo a été prise prise par Arman aux Halles de Paris, pavillon charcuterie. 
	Lieu de travail des parents d’Éliane.
	Histoire de voir comment il nous donne à entendre d’où elle vient…
	Les photos du film sont presque toutes faites par lui.
	Les propos du film sont aussi presque tous les leurs.
	J’ai arbitré leurs narrations.
	Impossible de tronquer sa continuité du son à elle, pour faire aperçu.
	Merci à mon compagnon de toutes ces années qui les a assisté, et l’un, et l’autre de bien avoir voulu faire écho.
	
	Je n’ai pas su faire autrement pour introduire ce travail que de vous écrire, pour m’adresser à toutes et tous.
	C’est à cause d’eux : ils m’ont éduqué à ne pas parler dans le vide pour éviter de parler pour ne rien dire.
	
	
N.B. :Guide d'utilisation de ces pages : mettre le curseur de la souris sur le petit '1' rouge fleche
1 Pour circuler entre les pages de chaque épisode, swap de droite à gauche.
Chaque fois que le curseur de la souris passe sur un élément et qu'un cadre rouge apparait, un clic envoie vers la référence de cet élément.
La flèche rouge vers la gauche en bas de la première page de l'épisode renvoient à l'épisode précédent.
La flèche rouge vers la droite en bas de la dernière page de l'épisode envoient à l'épisode suivant. (Au cas ou celui-ci est déjà publié).
Le curseur de la souris sur le petit numéro en exposant renvoie sur la référence de la citation, et ce par épisode.
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REMERCIEMENTS
	
	À ma mère, d’avoir bien voulu me dire, autant.
	À mon père, de continuer de m’élever.
	
	À Micheline Renault, de m’avoir confié l’histoire du début.
	
	À Denyse Durand-Ruel, de partager sa précieuse connaissance.
	À Jacques Matarasso d’avoir raconté.
	À Otto Hahn d’avoir mené cet interview incontournable si l'on veut reconnaitre Arman.
	À Jean Ferrero de nous avoir enrichi de ses photos et du partage des histoires.
	
	À ma famille qui me permet de continuer de développer ma résilience.
	À Alain Bizos, qui a rejoint la fraternité en élection.
	
	À Cécile Debray de continuer à veiller à la sécurité de mes pas.
	À Renaud Bouchet de la joie qui ne se dément jamais dans nos échanges.
	
	À Olivier Cramer de son indéfectible fidélité qui fait mon courage.
	
	Aux amis de la Fondation A.R.M.A.N. qui se reconnaitront.
	À Cathy Koeppel si juste à nous représenter.
	
	À Ghislaine Delubac de me rappeler sans cesse les objectifs.
	À Juliette Weisbuch de m’avoir donné confiance à penser des images.
	À Renaud et Nadia de tout cet immense travail de tapuscrit des courriers et interviews.
	
	À Daniel de ne jamais manquer à me redonner du souffle.
	
	À ma fille Maéva, de toujours accepter de me prêter sa voix.
	
	À la fin, non le moindre, à Marc :
	Sans toi, nous n’aurions pas pu...
	
	



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Épisode 1 1950 - 1962
9, PARC DE LA CALIFORNIE
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er  « …Cette communication où c'est comme de jouer au ping-pong, les idées elles vont, elles viennent et elles évoluent, elles se développent mais très rapidement cela s'est dirigé dans le monde de l'art et entre autres de retrouver l'histoire, on était abonnés à je ne sais plus quelle revue sur les arts, on a tout repris : l'histoire de la peinture abstraite, tous les mouvements dadaïstes, enfin tout cela ».
1 Entretien Éliane Radigue / Marion Moreau du 13 février 2019
 
-IL PEINT

bike bike bike bike bike
memoiresapa  « …Mes toiles étaient très Côte d’Azur : je peignais des palmiers, le Negresco, la plage.
C’était des œuvres vite faites. J’ai même inventé une roue de bicyclette sur laquelle je fixais plusieurs toiles.
Je faisais ainsi plusieurs tableaux en même temps. J’avais déjà le sens du multiple ».
2 Arman. Mémoires accumulés (p. 8). (Belfond) réédition numérique FeniXX. Édition du Kindle


-ELLE FAIT DE LA MUSIQUE

eliane « C’est la musique classique qui a été ma grande passion, ma première grande passion ».
3 Entretien Éliane Radigue / Marc Moreau du 2 Juin 2018


eliane  eliane  eliane  eliane
Une chronologie détaillée en miroir de leur deux parcours de carrière, ainsi que les différents crédits figureront en fin de cet ouvrage de Notes de bas de page.


- JE SUIS UN MONTREUR D'OBJETS
- LE SON DEVIENT MUSIQUE
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vuPris
vuPris
mmm Yves Klein dédicace Arman.
Arman gardera toute sa vie ce terme…
dedicace


bonPoids J’ai longtemps considéré que la clé qui rendrait compte de l’importance de leur lien quant à leur influence réciproque tenait d’ouvrir la boite de Pandore de leur histoire d’amour.
J'ai mis du temps à identifier que ce n’est pas là que réside le secret. Leur coup de foudre est une trace de ce qui en parle; dans les faits, ce qu’ils ont pacté, c’est de préserver une part à un absolu.
Oser se dire CE QUI NE - PEUT PAS - SE PARLER.
C’est dans la pratique de cette activité de paroles, avec les prises de risque qui vont avec, qu’ils ont pris confiance dans leur capacité à trouver des issues à leur soif de réalisation de devenir artistes.
Pour l’un donner à voir et l’autre, donner à entendre.

Leur « méthode », ils l’ont gardé intacte de ne pas l’avoir banalisée en « recette » : il n’y a pas de mode d’emploi pour mettre l’inspiration en équation…
Par contre, il y a des conditions qui lui sont propice. Regarder, écouter, penser leur histoire laisse miroiter cette part du mystère de leur lien.
Le malentendu entre eux va très vite colorer partout leur relation : amoureuse, amicale, sociale et aussi culturelle.
Ce n’est pas dans ces sujets qu’ils vont se déployer à essayer de se comprendre. Ils ont pourtant une assez bonne lecture et identification de ce qui les oppose.
Et comprennent assez vite l’un de l’autre ce qu’ils ne pourront pas changer.

À croire que la différence assumée sans solution à générer l'unité peut faire ingrédient à évoluer vers du meilleur de soi.
Le message qu’ils laissent à travers leur œuvre risque bien de continuer de défier le temps…
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1 Pour circuler entre les pages de chaque épisode, swap de droite à gauche.
Chaque fois que le curseur de la souris passe sur un élément et qu'un cadre rouge apparait, un clic envoie vers la référence de cet élément.
La flèche rouge vers la gauche en bas de la première page de l'épisode renvoient à l'épisode précédent.
La flèche rouge vers la droite en bas de la dernière page de l'épisode envoient à l'épisode suivant. (Au cas ou celui-ci est déjà publié).
Le curseur de la souris sur le petit numéro en exposant renvoie sur la référence de la citation, et ce par épisode.
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Épisode 2 1950
ILS NE SAVAIENT PAS
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apa-er         rebus
Renaud Bouchet
Renaud Bouchet écrit : «  Éliane Radigue (née en 1932), pionnière de la musique électronique, et Arman (1928-2005), figure marquante de la postmodernité plastique, ont formé dans le Nice du début des années 1950 un couple d’artistes partageant « aventure musicale » et « aventure picturale » dans un rapport de construction mutuelle. Mais l’effacement progressif de l’ambition de carrière de la musicienne devant celle de son mari peintre puis sculpteur, et encore l’engagement de ce dernier dans une voie créatrice jugée « métaphoriquement descendante » par la compositrice, ont progressivement conduit le couple à se redéfinir à travers un rapport de construction parallèle, pour finalement faire le choix d’une séparation effective au début des années 1960. La présente contribution revient sur les causes de cette distension et tente d’identifier les acquis mutuels retirés par Éliane Radigue et Arman de leur parcours commun. »
marine
bonPoids
Il peignait des paysages.
Ce tableau, il le peint pour sa future belle mère : un grand tableau (120 x 90 cm) à la mesure de quand il rentre en décision de conquête !!!!
Il est fou amoureux, il n’a plus peur de décevoir sa mère. Et puis, Éliane est à nouveau enceinte…
Cette fois, c’est décidé, ils sortent de leur histoire cachée.
Il y aura une très officielle demande en mariage. Tout dans les règles de…, l’Art !
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lettre1 
lettre2 
lettre2 
lettre2 
1953
1954
1953
1953
marine
bonPoids Ils s’écriront, beaucoup. À l’époque, pas de téléphone portable. Lorsqu’ils ne sont pas ensemble, les échanges postaux peuvent être quasi quotidiens.
Ce qu’ils se racontent ? Lui est fou amoureux d’elle. Ses lettres sont enflammées et il déclinera cette passion jusqu’au bout de leur histoire de couple.
Elle se sert beaucoup du courrier pour lui signifier ce qui ne va pas entre eux aussi bien qu’elle le voudrait et surtout de ce qui ne la comble pas…
On sait de ses lettres qu’elle l’aime.
Entre les lignes, leur échange est très matériel : journal de bord de leurs activités, sans doute un peu journal intime en même temps pour lui.
Il continuera d’écrire, après elle, un journal qui gardera cette même tonalité déjà présente dans ses lettres vers elle.
Ils font beaucoup leurs comptes : la question des difficultés financières tient de la place !
Il lui raconte ses préoccupations quant à son état de santé. Dans leur quotidien, cette question tient aussi une grande place
Elle se livre peu : ses lettres écrites parlent moins d’elle, que ce qu’elle peut en raconter de vive voix !
Pourtant elle ne manque pas d’aisance à l’écrit ! Avait-elle au fond, tant que ça l’envie de se raconter à lui, hors de leur sujet de prédilection : l'Art ?
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marine

	
bonPoids Elle habitait à Paris. Elle fuit ses parents pour se rendre à Nice.
Il habitait à Nice. Il fait ses études à Paris pour devenir commissaire-priseur et faire plaisir à son père.
Ils auraient pu se croiser à Paris mais c’est à Nice que le destin choisit de leur rencontre. C’est dans la vieille ville qu’il aura son coup de foudre pour elle.
On saura plus tard que c’est la pratique du judo qui a développé sa capacité d’évaluation de l’autre au premier regard et très vite !
Il va la raccompagner, à chacun sa bicyclette. Et déjà, voilà qu’ils se disent tout des choses essentielles les concernant.
Leur quête spirituelle fait immédiatement un échange qui restera pour elle comme un gage de sécurité dans leur lien. Elle va aimer tout de suite ces récits de lui, déjà en conquête !
Il sait y faire quand il veut quelque chose. Elle aime cet échange dans l’azur d’une mystique qu’elle écoute dans un de ses lieux favoris : la dimension du sacré. 
Jusqu’à la carte joker dont il va se servir, puisqu’il a vu comment elle aime jouer aux cartes ! Il va évoquer son vœu de chasteté dont on connait la suite…
	
	
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La flèche rouge vers la droite en bas de la dernière page de l'épisode envoient à l'épisode suivant. (Au cas ou celui-ci est déjà publié).
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Épisode 3 Légende
IL PENSAIT À MOI
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temps des cerises
	
	Micheline, l’amie de toute la vie d'Arman raconte :
	
	
	
	« Ça a débuté dans un jardin. Nos mères étaient très amies. Nos mères parlaient de fenêtres à fenêtres de cuisine. 
	Pachatte (la mère d’Arman) venait souvent parler à ma mère.
	J’avais trois ans, nous nous sommes connus dans le jardin, rue du Maréchal Joffre. Arman avait cinq ans et déjà un sacré caractère !
	Du début jusqu’à la fin, jamais la différence d’âge n’a fait question. On s’entendait bien… 
	On s’aimait bien… Nous étions très complices.
	Il a voulu venir dans la même école que moi en disant : « -Moi, je reste avec les filles. »
		
	Pachatte aimait bien ma mère et m’aimait, moi. 
	J’avais 17 ans, elle est venue avec un grand bouquet de roses rouges pour me demander en mariage.
	J’ai dit non, il a continué de m’aimer, simple comme à l’époque. 
	Il était le petit ami d’une ouvrière qui travaillait la couture pour ma mère : Marianne.
	Un jour, surpris par le retour de ma mère, il a sauté par le balcon et s’est cassé une jambe !
	Roméo du 39 bis du Maréchal Joffre !
	Et puis il faisait la cour à Monique… Et on s’est engueulé à cause de ma robe qu’il n’aimait pas (peut être un peu de jalousie ?…)
		
	Il peignait des palmiers, des vues de Nice… Moi, j’essayais de vendre avec lui pour essayer de se faire un peu d’argent.
		
	Nos mères étaient très amies. Tout ce qu’Arman disait était parole d’évangile pour sa mère.
	Elle n’était pas toujours d’accord avec Antoine (le père d’Arman). 
	La sœur de son père n’était pas facile. Pachatte n’était pas très heureuse.
	Arman était exclusif, il faisait avec sa mère un petit couple exclusif.
	Elle était complice de tout. De tout ce qu’il a fait : faire sauter le PCF, nourrir les araignées…
		
	
anniv70
	
	Il avait un coeur d’or… 
	Très gentil…
	Je peux plus parler… 
	J’ai les larmes aux yeux… 
	Quand même, l’enfance qu’on a eu. »
		
		
1 Entretien Micheline Renault / Marion Moreau du 7 mai 2019
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	er« Je l'ai souvent citée, j'ai toujours bonheur à le faire : je dois tout ce que j'ai pu faire à madame Roger. 
	Madame Roger était un professeur de piano, sa fille était chanteuse lyrique, elle habitait très près de chez mes parents. 
	Dans le même immeuble, madame Lelièvre était une amitié professionnelle de ma mère, dont la fille n'avait pas tout à fait mon âge. Nous étions dans la même école.
	Donc il y avait là un contact. Nicole, cette jeune collègue jouait du piano. Madame Lelièvre, la mère de cette jeune amie, avait tout de suite remarqué mon immense intérêt.
	Elle avait décidée Mamichette (la mère d'Éliane) à ce que l'on me présente à madame Roger. 
	Et madame Roger cela a été, ce serait mon premier grand amour quelque part, parce que je suis entrée dans cet univers avec passion.
	Ma maladresse a été, je crois, de trop parler de madame Roger à la maison.
	Mamichette était assez exclusive. J'allais non seulement prendre les cours chez madame Roger, parce qu'il n'y avait pas de piano à la maison, elle avait organisé les choses de façon à ce que je puisse aller répéter, 
	travailler seule. 
	En un clin d'oeil je suis passée du piano droit sur lequel elle donnait ses cours, au grand piano qui était dans la même pièce dans un grand salon.
	Et puis tout m'intéressait, et beaucoup aussi la construction musicale. 
	Danhauser c'était mon livre de chevet, tout, tout, m'intéressait. 
	Un jour, Mamichette, qui a vraiment pris ombrage de cette relation m'a dit : « mais tu sais, cela coûte très cher tes leçons de piano, je ne peux plus t'en donner » et on est allé toutes les deux voir madame Roger. 
	Mamichette me tenant par la main a déclaré à madame Roger : « Éliane ne veut plus prendre de leçons de piano, hein Éliane ? » 
	Il n'y avait qu'une seule réponse, c'était « oui, maman. » 
	Mais cela n'a échappé à personne, et madame Lelièvre et madame Roger l'une était au premier étage, et l'autre au quatrième, se sont mises d'accord : madame Lelièvre demandait à ce que j'aille jouer avec Nicole. 
	Quand j'arrivais elle me disait : « madame Roger t'attend au quatrième... » Pendant je ne sais pas combien d'années. 
	Elle n'a jamais été payée bien entendu. Cette dame m'a vraiment mise sur les rails de tout ce qui concerne l'essentiel de la musique, l'histoire de la musique, les constructions musicales.
	Enfin tout ce qui est important : l'analyse musicale, le solfège etc… 
	Quand j'allais au lycée, je savais solfier déjà, et comme j'avais un joli petit timbre de soprano, j'avais été sélectionnée pour la chorale des lycées de Paris qui donnait chaque année un concert à la Sorbonne. 
	Le chant choral, cela m'a intéressée aussi, donc j'ai continué, aussi quand je suis allée à Nice.
	Le premier contact que j'ai pris, c'était avec une chorale professionnelle, la chorale Delpierre ! »
						
		
2 Entretien Éliane Radigue / Marion Moreau du 7 mai 2019
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er « Racines familiales dans la Sarthe et dans l’Orne. Cultivateurs, éleveurs, minotiers.
Père et mère, première génération « montée à Paris » où je suis née.
Merveilleux souvenirs d’enfance d’oncles, tantes, cousins, cousines chez lesquels je passais toutes les vacances scolaires, dans cette belle campagne, entourée de l’affection de toute cette nombreuse famille.

Du reste je voulais devenir paysanne !!!
Grisaille Parisienne, mère dominatrice, père plus ou moins soumis. Hélas fille unique !

Père : maison familiale à Mamers édile de naissance. Choix de mon père de « monter » à Paris. Aucune envie de reprendre le fermage qui lui revenait par le droit d’aînesse.
Revenu chercher épouse au pays.

Mère : ferme voisine plus modeste même si propriété familiale.
Réputation d’un sacré costaud, mon grand-père. Il laisse la direction de la ferme à son épouse pour partir à la Guerre 14-18. Gazé puis mort peu de temps après son retour, les poumons fichus.
Son épouse, ma grand-mère a tenu la ferme pendant la guerre. Victime d’un accident, bras gauche écrasé sous une machine.

Il y avait neuf ans de différence d’âge entre mes parents. Ma mère avait tout juste 16 ans, ravie d’aller vivre à Paris grâce à ce mariage.
Elle avait 25 ans quand je suis née. »

4 eMail du 22 octobre 2020

mémoiresmémoires « Mon père était issu d’une famille qui avait une immense fortune édifiée en Algérie.
L’argent provenait de la minoterie et d’une entreprise de textile. Mon grand-père et ses enfants ont quitté l’Afrique du Nord en 1924. Ils menaient grand train dans les palaces de Vichy et de Monte-Carlo. Mon grand-père jouait à la roulette et spéculait en bourse.
Comme tous les joueurs, il a été ruiné. La grande crise de 1930 a nettoyé son capital et emporté ses illusions.

Après le krach boursier, c’est mon père qui a nourri la famille, y compris ses sœurs. Il ne savait rien faire, mais il aimait travailler.
Il a donc fait du commerce. J’ai été élevé dans une école de filles. De cinq à douze ans, j’étais le seul garçon parmi cent cinquante filles.

Cela s’est fait par un concours de circonstances.
La meilleure amie de ma mère avait une fille qui s’appelait Micheline. On était inséparables et je lui vouais une adoration totale. »

3 Arman. Mémoires accumulés (p. 6). (Belfond) réédition numérique FeniXX. Édition du Kindle.
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	bonPoids Arman trouve toujours comment raconter ce qui concerne son histoire. Il parle facilement s'il sent le véritable interêt de qui l’écoute.
	Éliane est toujours réticente à parler de ses racines familiales, comme du bain qui l’a vu grandir. Elle se braque à nommer les difficultés de son contexte familial.
	
	Parler avec lui, c’est toujours rencontrer le facile de l’échange. 
	Parler avec elle, c’est chaque fois se frotter à de la réticence concernant l’histoire de ses origines.
	Du côté de l'une, il y a ce fil de tension toujours prêt à émerger. 
	De l’autre, une certaine liesse à se dire de se savoir écouté. 
	Pourtant, à l’expérience de cet exercice à les susciter de se livrer, pour - nous - livrer quelque chose, il convient de rester attentif et ne pas s’y fier !
	L’un comme l’autre ont bien organisé de laisser dans les coins les écorchures de quelques détresses d’origine. 
	
	Ils sont au regard de cet état de fait bien semblables. 
	
	Ces écorchures restées vives savent faire repli dans une langue du silence qu’ils ont largement cultivée et partagée.
	Il ne faut pas s’y tromper : je les ai vu et entendu, jusqu’au bout dans leurs échanges, prendre tous les risques de leurs désaccords.
	Et chaque fois respecter, dans l’assaut relationnel, de ne pas mettre l’autre en danger dans d’implicites limites. 
	
	Pourtant, le moins que l’on puisse dire, les deux ne manquent pas de caractère !!!
	
	
N.B. :Guide d'utilisation de ces pages : mettre le curseur de la souris sur le petit '1' rouge fleche
1 Pour circuler entre les pages de chaque épisode, swap de droite à gauche.
Chaque fois que le curseur de la souris passe sur un élément et qu'un cadre rouge apparait, un clic envoie vers la référence de cet élément.
La flèche rouge vers la gauche en bas de la première page de l'épisode renvoient à l'épisode précédent.
La flèche rouge vers la droite en bas de la dernière page de l'épisode envoient à l'épisode suivant. (Au cas ou celui-ci est déjà publié).
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Épisode 4 1950
AU CAFÉ DES ARTS
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cafe-des-arts
« J'avais un grand appétit de culture… »
		
	
	er« Quand j’ai rencontré Arman, mon activité musicale se bornait à chanter dans une chorale, une chorale professionnelle, la chorale Delpierre.
	À Nice, chez mes amis, un couple chez lesquels j'habitais. Le mari était sculpteur, il avait un atelier là-bas, 
	Quand j'ai débarqué à Nice, j'étais immédiatement dans un milieu que j'avais déjà plus ou moins côtoyé à Paris avec mes amis de lycée entre autres. 
	J'avais côtoyé déjà cet univers d'artistes qui me fascinait effectivement infiniment plus que tout.
	Enfin oui... Je dirais, curieusement qu'il n'y avait que la campagne. À la limite j'aurais préféré, si j'étais restée dans ce milieu devenir paysanne.
	J'aurais opté pour la campagne, mais les amis de mes parents, cela ne m'amusait pas beaucoup, il n'y avait que mon grand-oncle que j'aimais bien. 
	Il avait une certaine culture, j'avais un assez grand appétit de culture.
	Ce n'est pas par hasard si, à l'école élémentaire, j'étais toujours la chouchoute. 
	Ce qui me valait d'avoir plutôt des ennuis avec les comparses de mon âge, et dans toutes les classes. 
	Tant que j'étais au lycée Fénelon, tous les ans j'avais mon tableau d'honneur. En deuxième mes parents ont décidé de me mettre en pension. 
	J'avais osé tricher sur mes horaires de travaux pratiques qui avaient lieu le mardi après-midi tous les quinze jours. 
	Ce que je m'étais bien gardée, évidemment, de mettre sur l'emploi du temps qui était affiché au dessus de la table. 
	Un mardi sur deux j'avais rendez-vous avec mes copines. Jusqu'au jour où le pot au rose a été découvert. C'était tout au début de ma seconde. 
	J'ai été mise en pension à Saint-Mandé et là j'ai essayé le défi de faire à la fois la seconde et la première en même temps, histoire d'en finir. 
	Il y avait plusieurs petites salles fermées de pianos, je m'étais remise au piano toute seule. 
	De temps en temps je me faisais virer par la Directrice parce que je ne prenais pas de leçon de piano à cet endroit-là. 
	Mais à un moment elle a abandonné ... Alors, je faisais... 
	C'était pas désagréable cette année de pension ceci étant. Je dirais même que c'était peut être pour la première fois de ma vie que j'étais à peu près tranquille, sauf en dehors de la Sarthe. 
	C'est pour cela que j'ai loupé mon bac : faire une seconde et une première en six mois c'était pas très malin. »
		
		
	
	
1 Entretien Éliane Radigue / Marion Moreau du 5 février 2019
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 Klein/ Claude
memoires  « À Nice, à part le soleil, on n'était pas exposé à grand chose ».
	
		
	« …entre mes onze et seize ans, …vers la fin de l’enfance et l’entrée dans l’adolescence. 
	A cet âge, on vit avec une certaine insouciance. Au moment de l’avancée des Allemands, pendant l’été 1940, j’étais dans le centre de la France, chez mon grand-père maternel, 
	à côté de la Chaise-Dieu, dans la Haute-Loire. 
	Vers septembre, nous nous sommes tous retrouvés à Nice, qui était aussi en zone libre. 
	J’y ai vécu les trois phases de la guerre. Je me rappelle une patrouille de carabinieri italiens qui se déplaçait à vélo. L’un d’eux portait une guitare dans le dos. 
	Il voulait sans doute donner la sérénade à une fille. C’était assez folklorique. Les Allemands sont arrivés en 1942. Ils avaient une autre allure. La guerre, pour eux, c’est un fonds de commerce. 
	Dès qu’ils sont arrivés, ils ont organisé la mort sur le plan de la défense comme de l’attaque. Ils ont quadrillé la ville, construit des fortifications. 
	La gestapo a commencé à pourchasser les Juifs et les résistants. Moi, je suis devenu « équipier national ».
	…
	La secrète idée de mon père était que je devienne commerçant comme lui. Son second choix était commissaire-priseur.
	…
	Mais entre dix-sept et dix-huit ans, j’ai pris ma décision : je serai comme Van Gogh. Depuis, je n’ai jamais cessé de peindre.
	…
	J’ai rencontré Yves Klein en 1947, au judo. Claude Pascal pareillement.
	…
	Yves, Claude Pascal et moi étions concernés par l’astrologie, le zen, le bouddhisme, le gurdjieffisme, la Rose-Croix. On ne s’intéressait pas à la drogue, mais on cherchait la voie de la sagesse.
	…
	Nous avions des préoccupations métaphysiques, mais nous étions plus théosophes que sartriens. Nous recherchions le Saint-Graal. 
	On a dit qu’Yves Klein, c’était Tintin à la recherche du Graal. C’est vrai. On jeûnait, on méditait, on regardait la Lune durant des heures. On essayait de sortir de notre corps. Nous étions fous à lier. »
	
	
2 Arman. Mémoires accumulés (p. 11). (Belfond) réédition numérique FeniXX. Édition du Kindle.
 Klein/ Claude   Klein/ Claude   Klein/ Claude 
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bonPoids Ils ne sont pas seulement amoureux, ils ne se sont pas seulement accordés de se cacher du monde du désaccord des regards de leurs parents.
Ils sont contents, tous les deux et ensemble de DÉSOBÉIR. Déjà actifs, tout de go, à précurser et remettre en questions les fictions dominantes. 
Oui, le monde de l’art fait leur indéfectible terrain d’entente.
Et dans ce monde là, ils aiment aussi se lancer à l’aventure de toutes les remises questions, en appétit constant de s’y déployer.
Ce mariage du caporal et de la couturière fera concession et issue à la double difficulté, bientôt suivie du tiercé gagnant, 
de la non fiabilité de la célèbre méthode Ogino comme garantie contraceptive du moment !
		
Si jeunes et déjà tant de responsabilités. Et si cet ingrédient qu’ils ont su partager faisait part à l’affaire de ce qu’ils sont devenus ?
	
De l’avoir ASSUMÉ.
			
		

mmmPhone Marion Moreau
née Françoise le 8 Aout 1951.

-Études Supérieures.

-Formation Centre de Danse
de Rosella Hightower à Cannes.

-Danse Contemporaine, chorégraphe.
Groupe Chorégraphique de le Sorbonne.

-Doctorat es Psychologie Clinique.

-Présidente de la Fondation fondation
mémoires Anne Fernandez
née le 29 Juin 1953.

-Études Supérieures.

-Directeur de Recherche
au Centre National de Recherche (CNRS).

-Responsable de l’unité biologique
cellulaire des mammifères à
l’Institut Génétique Humaine (IGH)
du CNRS et de l’Université de Montpelleir.

-Vice Présidente Fondation fondation
mémoires Yves Arman
né le 18 Septembre 1954.
Décès le 14 Février 1989,
sur une route d'Espagne.
-Études Supérieures.

-Photographe.

-Marchand d’Art :
Galerie d’Art à New York.

-Écrivain :
1985 : Marcel Duchamp Joue et Gagne.
1988 : Étant donné qu’Éros c’est la vie.
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Épisode 5 1953
CHEZ NOUS
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	er « On a cherché, cherché et à cette époque-là, il fallait des pas-de-porte pour louer un appartement, 
	Mamichette et Papou (parents d'Éliane) nous avaient prêtés 500.000 francs de l’époque, ce qui était une vraie petite fortune. Après c’était Fatheur (père d'Arman) qui payait le loyer.
	Arman continuait de travailler chez son père et lorsque je me suis arrêtée de travailler, j’y allais pour le remplacer pour justifier l’argent qu’il nous donnait chaque semaine pour payer les factures. 
	C’est pour ça aussi que les premières années, on ne se servait pas du chauffage central au gaz, cela coûtait trop cher. On n’avait pas de réfrigérateur, on avait une glacière. 
	Il y avait un glacier qui passait tous les matins, on descendait avec la cuvette, on prenait le bloc de glace, on le mettait dans la glacière. 
	Évidemment il n’y avait pas de lave-vaisselle et il n’y avait pas de lave-linge non plus, ça n’existait pas, il y avait juste un réchaud qui était posé sur un socle, avec un four.
	Je faisais bouillir les couches tous les jours, j’avais une bassine pour faire bouillir le linge, on faisait tout bouillir à l’époque. Et cela, il fallait le faire tous les jours.
	Quand il y avait les draps il fallait les faire un par un  : d’abord un prélavage, ensuite faire bouillir, ensuite laver, brosser, rincer et l’étendage.
	
	Dans la cuisine il y avait un meuble à étagères; on a eu d’abord une première table qui était un peu petite.
	Quand elle a été changée, même pour quatre, elle était bien pour deux à la rigueur trois personnes. 
	Après la petite glacière, on a eu le réfrigérateur plus tard. Je n'ai jamais eu de machine à laver.
	
	On s'y est installés au moment de la naissance de Anne, avant Arman finissait son service militaire, moi j’étais à Paris avec toi. 
	Lorsqu'Arman a fini son service militaire on a habité chez Pachatte et Fatheur un moment, ce qui n’était pas extraordinaire pour moi.
	Arman avait juste un cosy corner avec un lit assez petit. Moi quand j'étais fatiguée je m’endormais facilement à l’époque.
	Il avait trouvé le moyen de m’accrocher le petit doigt à un fil qui lui-même reliait tous les objets qu’il y avait sur le bord du cosy corner. Quand je me suis retournée tout m’est tombé dessus !
	
	
1 Entretien Éliane Radigue / Marion Moreau du 3 février 2019
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	er « C’était le rêve ! 
	Je n’aurais même jamais rêvé un appartement aussi chouette ! Mon rêve c’était simplement d’avoir un endroit chez moi, c’est tout, même une chambre de bonne. Même.
	Les premières années, c’était vraiment le bonheur, c’était très gai dans cette maison, malgré les petites contraintes. 
	Dans les familles, souvent le papa et la maman dorment ensemble. Mais non, lui dormait dans son coin et moi je dormais dans la chambre au piano.
	
	Au grand désespoir de Fatheur, nous n’avions pas demandé la superbe salle à manger en palissandre ou la chambre en ronce de noyer où il aurait été ravi de laisser tout cela. 
	C’est Arman qui avait dessiné tous les meubles, il a profité du fait pour les faire faire des fabricants de Fatheur. Il les avait fait faire sur-mesure.
	Le seul élément électroménager que j’ai eu, cela a été le mixeur avec une centrifugeuse pour faire tous les jus de carottes, de pommes, de lait d’amandes.	
	
	Fatheur aurait rêvé d’installer ici un buffet, nanana, une salle à manger, éventuellement un canapé dans le coin, le lit, avec les meubles en ronce de noyer, oh bien non. 
	Ça ? ! On aurait pu avoir un super appartement. Mais c’est nous qui avons décidé. C’est moi qui faisais tous les rideaux, tous les trucs, tous les machins. 
	J’étais assez adroite avec la machine à coudre qui me venait de ma grand-mère paternelle, c’était mon héritage. ».
	
2 Entretien Éliane Radigue / Marion Moreau du 3 février 2019
entre nous
 « Il y avait entre nous une complicité magnifique »
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mmm Première exposition d'Arman à la Galerie du Haut Pavé à Paris. Sa belle-mère achètera toute l'exposition de toiles abstraites !
	
	er « Installés Parc de la Californie, c'est Fatheur qui assume tout cela moyennant le fait qu'Arman aille travailler 'Au Foyer' : 100 francs par semaine à l' époque.
	C'était des anciens francs, c'était vraiment pas grand chose, c'était juste de quoi se nourrir. On était végétariens, je faisais une nourriture très simple et très saine. Le soir c'était la soupe de légumes.
	Il y avait soit des petites pâtes, soit du blé germé. De façon à ce que ce soit quelque chose de nourrissant. Après il y avait un dessert au lait que je faisais : c'était de la semoule au lait, du riz au lait.
	Et puis éventuellement du fromage, mais vous n'étiez pas très fromage. Et à midi, c'était des légumes avec de l'orge germé. Il y avait un truc que vous adoriez tous : des toutes petites pâtes qui étaient comme des perles. 
	Vous n'avez jamais eu faim et nous non plus d'ailleurs.
	Arman était très, très fort pour vendre en douce. Il allait livrer sur place et récupérer en douce le fric. Quand il vendait un tabouret ou une chaise, ou deux chaises, hop, il se débrouillait pour aller les livrer et il encaissait.
	Il avait le chic pour trouver des bouteilles de bon vin chez les cavistes qui ignoraient totalement le prix de ce qu'ils avaient parce qu'ils avaient cela depuis des années dans leur stock. 
	Là c'était bombance : il faisait la cuisine. Par terre dans le salon, je mettais une couverture, on mangeait comme quand on invitait ».
	
3 Entretien Éliane Radigue / Marion Moreau du 3 février 2019
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	er « C'était sympathique et c'était gai, l'été des grandes bagarres à l'eau. La chambre au piano, qui était la nurserie avant, était la seule qui était épargnée.
	On pouvait courir tout autour de la cuisine au lavoir, du lavoir par la salle de bain, de la salle de bain dans votre chambre, de votre chambre sur la terrasse, de la terrasse dans le living, dans un sens ou dans l'autre.
	On commençait en général avec des seringues ensuite ça terminait carrément par des casseroles et après tout le monde se mettait à éponger évidemment. C'est ce que j'appelle joyeux, c'était joyeux. 
	C'était agréable, c'était sympa comme ambiance.
	
	Je bricolais avec ce qu'on appelait la musique dodécaphonique, les douze tons. Et puis dès qu'il a pu acheter un piano, il y a eu une vente de pianos dans laquelle il a trouvé, pas très bon marché, 
	cette casserole, il n'y a pas d'autres mots, qui avait seulement l'air d'un piano, mais qui néanmoins me permettait de jouer un peu.
	Quand vous étiez petits, moi je n'avais pas le temps, que de temps en temps, pendant la sieste en général ».
	
4 Entretien Éliane Radigue / Marion Moreau du 3 février 2019

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	er « À Nice j'allais chez Bouchara récupérer des coupons qu'ils soldent à la fin parce qu'ils n'ont que des métrages très limités, mais avec cela j'arrivais toujours à faire quelque chose.
	Que ce soit pour vous habiller, pour m'habiller, à part les chaussures je faisais tout. Le tricot, oui le tricot c'était aussi un des trucs que je faisais avec vous le soir quand vous jouiez, là dans le living. 
	Vous jouiez avec Arman aussi après le dîner, c'était toujours le moment de jeu mais j'étais très stricte sur les horaires de coucher.
	J'étais réglée comme du papier à musique pour arriver à tout faire et que tout soit correct.
	À la maison mon unique uniforme, c'était des blouses croisées qui étaient à carreaux. 
	À côté de cela, je me faisais un truc pour les sorties et c'est tout. J'étais loin d'avoir les gardes robes qu'il y a maintenant. Il y avait très peu de confection et les confections, c'était extrêmement cher.
	Il valait beaucoup mieux s'acheter à trois francs six sous un coupon et je trouvais toujours le moyen d'en faire quelque chose. Je me rappelle m'être fait une petite robe noire en velours, toute droite avec un grand décolleté.
	Ce qui me coûtait le plus cher dans mes habillements un peu chic, c'était souvent une rose artificielle ou dorée ou noire ».
	
5 Entretien Éliane Radigue / Marion Moreau du 3 février 2019
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« Avec mes Cachets, je me servais d’un objet pour inscrire une trace. C’est une des pistes de mon avancée vers l’objet. »
6 Arman. Mémoires accumulés (p. 21). (Belfond) réédition numérique FeniXX. Édition du Kindle.
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er « C'était gai, toute cette période était très gaie, très sympa. 
Ça s'est gâté bon, il y a eu un premier grand choc, cela été juillet, août, septembre, deux mois avant la naissance de Yves, on était allés dans la Sarthe.
J'avais eu envie de voir ma famille et d'échapper un peu à la grosse chaleur. Au retour, j'ai eu la maladresse de demander à Arman s'il m'avait été fidèle ? 
- "bin, bin,bin, nananin…".
Chaque fois que je suis en état de gros, gros stress intérieur, je me gèle…
Au lieu de tout attraper et lui envoyer à la figure comme il eut été raisonnable de le faire, ce qui l'aurait peut être calmé ?
J'ai essayé de comprendre, mais en même temps j'avais l'impression que le monde s'effondrait autour de moi, qu'il ne m'aimait plus...
Les deux mois qui ont précédés la naissance de Yves, il m'assurait qu'il m'aimait nanana. J'ai essayé d'être plus intelligente et compréhensive qu'émotionnelle. Et puis cela s'est plus ou moins arrangé.
Le parti qui avait été pris, c'était de l'accepter. Il y a eu après d'autres histoires. C'était plus ou moins accepté. Mais j'étais beaucoup moins dans le bonheur épanoui ».
			
7 Entretien Éliane Radigue / Marion Moreau du 3 février 2019
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bonPoids Le bonheur de leur installation Parc de la Californie s’affiche comme étendard de leur félicité relationnelle.
La concrétisation d’une vie jusque là hors sentiers battus et qui continue cette fois dans l’installation d’un quotidien plus traditionnel. 
Très vite, les dissonances vont se manifester : les malentendus qui se tissent du rapport au quotidien d’une vie de couple avec trois enfants à gérer et les obligations qui s’en suivent.
Les difficultés financières qui s’accumulent. Son mode de gestion, à lui, de la question financière qu’il gardera chaotique jusqu’à la fin de sa vie !
L’adoption d’un mode de vie libertaire où elle n’est pas bien sûre de s’y retrouver malgré leur «  on se dit tout, on ne se cache rien ».
Elle se doit à la mise en place d’une discipline horaire qu’il remet en question en décrétant qu’il ne veut surtout pas d’une famille « Illico ».
(Une série satyrique de l’époque de la vie de famille traditionnelle).
		
Pourtant, ils ne trahiront rien de leur engagement mutuel à dévorer le monde.
		
Un soir de grande discussion où suite à un énième déboire d’impayé, il rentre à la maison pour lui dire qu’on lui a proposé un travail de démarcheur immobilier, succès financier garanti.
Elle sera intraitable. Non, il doit continuer de profiter de la laxité offerte par son travail 'Au Foyer', ce magasin de meuble de son père, qui permet de juste faire bouillir la marmite.
	
Ils y passeront toute la nuit. Elle va le convaincre qu’il doit continuer d’avoir le temps pour ses pinceaux.
	
Quant à lui, du piano au tourne disque sans compter la discothèque qui suivra, il lui garanti, à elle, les temps d’opportunités à faire son trajet de rencontres musicales.
Et là encore jusqu’au bout.
Il est et restera son fidèle supporter. 
		
Ce qui perdure, intact, malgré les divergences des réalités quotidiennes : C’EST CET ÉCHANGE ENTRE EUX, TOUT AZIMUT.
			
		
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Épisode 6 1956
TOUT VA MAL
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chien
	
	mmm Arman a toujours aimé les animaux. 
	Enfant il a adopté des poules, fait un élevage d’araignées (adulte, il continue d’aimer nourrir les araignées), un temps passionné de reptiles.
	Parc de la Californie, il y a eu des chiens. Adoptés en général, avec les tracas qui vont avec : ceux de santé ou parfois de sociabilité.
	C’est lui qui va devoir euthanasier Farouk (pas de moyens financiers pour le suivi vétérinaire…) et il mettra beaucoup de temps à s’en remettre.
	
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er « J'étais au sana,
cela a du amener une espèce d'électrochoc dans la famille cette histoire. »
1 Entretien Éliane Radigue / Marion Moreau du 13 février 2019
	
	mmm La tuberculose d’Éliane est un véritable cataclysme familial. 
	Non seulement la famille est éclatée, Éliane part à Hauteville en sanatorium. Mais tout ce qui fait le tonus de la vie de création dans le living : 
	cette précieuse sociabilité qui génère toute une richesse d’échanges, est suspendue.
	
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« Quand j'ai rencontré Arman, il formait ce trio inséparable avec Yves Klein et Claude Pascal, c'était vraiment les trois grands copains qui s'étaient rencontrés sur les tatamis de judo de l'école de police. Alors férus de judo, c'était leur passion numéro un et deuxième passion : la rencontre avec la philosophie des Rose-Croix, philosophie à connotation religieuse.
… Le Parc de la Californie, avec ses allées et venues était le centre, l'épicentre indiscutablement de cette activité de partage des idées.
… Quand Yves Klein venait à Nice, il arrivait avec toutes les dernières idées qui avaient été mises à l'honneur dans les lundis de sa mère, Marie Raymond à Paris.
… Cet été là, c'était l'année de la naissance de Yves qui est né au mois de septembre. Au mois d'août j'étais enceinte jusqu'aux dents, à une époque où les femmes enceintes ne se baladaient pas sur la plage pendant la journée. C'était de très mauvais goût. Mais par contre, comme il n'y avait que la route de Marseille à traverser, on y allait tous en bande la nuit, tout le monde venait m'y accompagner, je pouvais faire la planche, je pouvais, ouf, j'étais beaucoup plus légère dans l'eau que sur terre. Yves avait énoncé l'idée de glossolaliser, alors on était tous à glossolaliser royalement sur la plage. C'est une sorte de langage inarticulé.
Claude Pascal, c'était le poète, de dire : « mais si on faisait simplement un son continu. »
… Ces étés niçois, étaient extrêmement stimulants parce que Yves avait un immense charisme, ça c'est indiscutable. Dès qu'il arrivait quelque part, toutes les attentions convergeaient vers lui, d'ailleurs cela valait mieux, parce que, si par hasard, cela en déviait, cela ne l'intéressait plus et il fichait le camp. Alors comme il était très intéressant de l'avoir, il menait le jeu, cela donnait lieu à des échanges comme la fois où tout le monde s'était mis à faire des Allures d'Objet.
Lui avait pris sa peinture pour faire des Allures d'Objet avec une espèce de grosse roue d'engrenage. Arman adorait évidemment emmerder tout le monde. À commencer par les voisins : nos propriétaires du dessous qui se plaignaient. Il s'amusait à faire rouler ça dans le couloir, ce qui faisait un bruit d'enfer et il disait : « Il faut bien que les enfants s'amusent. »
2 Entretien Éliane Radigue / Marion Moreau du 5 février 2019
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« Il y a très longtemps, j’ai fait des monochromes. C’était en 1953 ou 1954. Yves Klein revenait du Japon. Il habitait chez moi, à Nice.
A la suite d’un pari que j’ai perdu, il m’imposa une épreuve : je devais devenir un peintre monochrome.
Pendant quelques jours, j’ai fait des monochromes jaunes.
Au lieu de les faire au rouleau, je les faisais avec un couteau à palette. Mais j’était tellement désespéré qu’Yves m’a relevé de mon vœu.
3 Arman. Mémoires accumulés (p. 13). (Belfond) réédition numérique FeniXX. Édition du Kindle.

Une réflexion d’Yves Klein m’aida beaucoup. Voyant mes travaux abstraits, il me dit : « Tu es un bon peintre. Mais des bons peintres, il y en a dix mille dans le monde. » Je compris la leçon : j’ai commencé mes « Allures d’Objets. »
4 Arman. Mémoires accumulés (p. 21). (Belfond) réédition numérique FeniXX. Édition du Kindle.

1958. Je prenais une cruche, une bouteille, un collier de perles. Je les enduisais de peinture et je les faisais rouler sur la toile. L’objet inscrivait sa forme et sa trajectoire. Puis je suis arrivé à une seconde étape : les « accidents ». Là, je remplis une bouteille ou une cruche d’une couleur et je peins la face externe d’une autre couleur. Je brise ensuite cet objet sur le support. »
5 Arman. Mémoires accumulés (p. 21). (Belfond) réédition numérique FeniXX. Édition du Kindle.
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plongée   « Cela devenait très, très, très difficile pour moi. Au retour du sana, j'avais voulu reprendre, moi, mes activités. J'étais partie à Paris pour faire un stage, cela devait être au mois de novembre je crois, au GRM. Je devais faire des conférences en Allemagne à Darmstadt, à Cologne, conférences sur la musique concrète ».
6 Entretien Éliane Radigue / Marion Moreau du 5 février 2019
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bonPoids L’éclatement autour du terrain d’entente, pour cause de séparation, va déferler autant sur la vie personnelle que sur leur vie de créateurs. 
Lui, il trace avec l’objet. Elle, elle trace et traque les sons. Cette activité est intriquée dans leur mode de vie au quotidien. 
Arman supporte très mal les absences. C’est toujours, même plus tard, resté pour lui une difficulté relationnelle d’être séparé. 
Elle subi la traversée du temps de la maladie sur fond de sentiment de déception d’un paradis perdu.
Dont elle commence à se dire qu’il pourrait ne pas revenir...
N.B. :Guide d'utilisation de ces pages : mettre le curseur de la souris sur le petit '1' rouge fleche
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La flèche rouge vers la gauche en bas de la première page de l'épisode renvoient à l'épisode précédent.
La flèche rouge vers la droite en bas de la dernière page de l'épisode envoient à l'épisode suivant. (Au cas ou celui-ci est déjà publié).
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Épisode 7 1958
JUSTE ATTENDRE QUE LES ENFANTS GRANDISSENT
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er  On avait trois amis qui étaient pères dominicains. Le père Jarrier était musicien. Le père Géraud qui a été défroqué, et le père Stève qui était épigraphiste à la mission française à Suse.
Un soir, il était venu nous rendre visite. On avait une relation avec le père Stève qui était cet appétit réciproque de la culture. Moi, j'avais avec le père Jarry une relation musicale. Un jour, il m'avait fait monter au buffet d'orgue faire une improvisation. Le père Géraud c'était différent. J'ai l'impression qu'il a commis la très grave erreur de tomber amoureux de moi. Je m'en doutais un peu. Lorsqu'il a dû en parler à ses supérieurs, on l'a envoyé en Amérique du Sud pour un bout de temps histoire de le guérir. Mais en fait cela ne l'a pas guéri. Parce qu'après, il a défroqué et puis il s'est marié.
L'idée est venue comme cela, comme toutes les idées qui à ce moment fusaient de tous les côtés.
« Mais il faut combien de temps pour y aller ? »
Il cherchait un moyen pour y aller à moindre coût. Pas question de prendre l'avion, le train, les autocars. L'idée nous avait amusé. Il avait dit : « il y en a pour maximum huit jours ».
Huit jours et huit jours pour revenir c'était jouable. On avait pris de quoi camper, on s'arrêtait dans les champs, parce que cela c'était fait par étapes.
Le problème, cela a été quand on cassé un truc de la 2 CV, là, on a dû se faire rapatrier à Ankara. Nos haltes étaient dans la nature comme en Bulgarie, on y avait dormi dans les champs. Arrivés à Istanbul, c'était chez les pères.
Dans les routes du plateau d'Anatolie, on a cassé un cardan. On s'est arrêté en pleine nature pour camper parce que, évidemment, c'est arrivé le soir. Le lendemain, il a fallu trouver le moyen de se faire rapatrier à Ankara par camion parce que la voiture ne marchait plus. L'entêtement d'Arman : ce n'est pas cela qui allait nous arrêter… On s'est installés le temps qu'il a fallu à Fatheur pour nous envoyer le cardan à Ankara.
Tous les conducteurs de 2CV n'avaient pas besoin d'être un grand spécialiste. Arman a réparé le cardan. On a déjà perdu les huit jours où on devait être à Choqâ Zanbil, on les a passé à Ankara.
Un autre problème s'est produit à Erzurum, pas très loin de la frontière iranienne, mais toujours en Turquie où à un passage de gué, on avait dû vider la voiture.
On allait de catastrophe en catastrophe. On est arrivé à Téhéran pour Noël.
Cela faisait je ne sais plus combien de temps que je n'avais pas été écouter la messe de minuit. Je suis née chrétienne catholique. J'avais appris au catéchisme. J'ai fait un retour au christianisme en ce qui me concerne.

On allait à chaque fois avec ces routes infernales... On avait décidé d'accompagner le père Stève jusqu'à Suse. On avait pu descendre quasiment en direct avec juste une nuit de camping et on est arrivé enfin à Choqâ Zanbil.
Là on a décidé qu'étant donné les problèmes qu'on avait avec la voiture, que l'on était très proches du Golfe persique, on allait plutôt descendre à cette ville pétrolière. D'ailleurs quand on y arrive cela sent l'oeuf pourri, il parait qu'on s'y fait. On a essayé par le consulat français de trouver un rapatriement par bateau. Parce que refaire la route, cela faisait déjà plus d'un mois qu'on était partis. Et surtout se dire : « on va pas refaire en sens inverse ».
On avait deux roues de secours, mais même les deux roues de secours, tous les soirs, la première chose à l'escale qu'il fallait trouver, c'était un endroit pour les réparer. À la limite, il aurait fallu y mettre de la paille dedans.
C'était complètement fou…
Le voyage en car, cela a été Persépolis et Shiraz et Ispahan. Pendant que, à cet endroit où ils avaient des pièces, ils réparaient la 2CV. On a eu le soutien des consulaires français. On habitait chez les pères, c'était sympa.
On a fait beaucoup d'escales comme cela. On a repris la route. On savait qu'on avait intérêt à s'arrêter dans les villages, d'abord pour trouver de quoi réparer les roues. Heureusement on a jamais eu les trois roues ensemble !
Quand on avait eu deux crevaisons, on avait pris l'habitude.
Il y avait aussi eu la pompe qui ne marchait plus et Arman avait bricolé un truc avec une ficelle qui passait par un câble sur le côté droit où j'étais. Je tirais sur la ficelle pour actionner la pompe.
C'était assez héroïque. On a pas eu au retour, d'aussi sévères incidents, c'est à dire de ceux à nous immobiliser.
Arrivés en France, quand on a vu le nom, OUF ! Même si on a une panne maintenant on arrivera toujours à rentrer chez nous.

C'était une grande aventure. »

1 Entretien Éliane Radigue / Marion Moreau du 20 février 2019
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allure  allure  allure  allure
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allures
… « Mon chemin est différent. Avec mes « Cachets », je me servais d’un objet pour inscrire une trace. C’est une des pistes de mon avancée vers l’objet. L’autre vient de la musique. Eliane, ma première épouse, travaillait avec le GRM, le Groupe de recherche musicale. L’appellation Allure d'Objet vient du vocabulaire employé par le GRM. Sous la direction de Pierre Schaeffer, inventeur de la musique concrète, des étudiants enregistraient des sons. Ils prenaient par exemple un abat-jour en opaline et le faisaient tinter. Ils enregistraient la tonalité et transformaient la vitesse des vibrations. Ils nommaient cette musique des « allures d’objets ». J’ai kidnappé ce mot pour m’en servir. La distorsion de l’impression sonore allait de pair avec la distorsion de l’impression picturale. Quand je déroulais mes objets trempés dans l’encre, j’imprimais leur allure. J’ai utilisé des œufs, une chaussure, des roulements à billes, des bouteilles, des ressorts... Je prenais tout ce qui pouvait laisser une trace un peu intéressante. »
2 Arman. Mémoires accumulés (p. 21). (Belfond) réédition numérique FeniXX. Édition du Kindle.
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« J'aime les techniques violentes : casser des objets, les écraser, les briser. »
3 Arman. Mémoires accumulés (p. 21). (Belfond) réédition numérique FeniXX. Édition du Kindle.
er
 …« La première fois où il a fait cette implosion, je dormais et je me suis retrouvée couverte, recouverte des débris d’ampoules qu’il m’enlevait à la pince à épiler.
Il y en avait partout :  « Bouge pas ! Bouge pas ! Surtout ne bouge pas ! Ne bouge pas ! »
4 Entretien Éliane Radigue / Marion Moreau du 3 février 2019
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er
 « Pour pouvoir faire cette musique, je ne pouvais la faire que toute seule.

Maintenant, j'ai des musiciens qui viennent vers moi pour travailler avec moi. Plus tard quand j'ai eu mon synthétiseur et mon installation, des musiciens demandaient à travailler avec moi. Ils revenaient rarement deux fois, jamais même.
À l'époque, de toute façon, il fallait que je fasse avec des moyens qui me conviennent. La découverte de la musique concrète dans les années 50, mes stages au Studio de l'Essai de la rue de l'Université m'ont confirmé dans cette envie.
Par contre il est évident que cela n'était pas praticable à Nice. Pierre Schaeffer, en 1956, puisque j'ai le retour de courrier, c'est donc datable, m'avait donné une très jolie lettre pour la Radio Diffusion Niçoise où le directeur m'avait fort aimablement reçue. Mais j'ai eu le sentiment qu'il appréciait beaucoup plus mon anatomie que mes capacités, pour mettre à ma disposition deux heures de studio par semaine, à Nice. Il a écrit à Pierre Schaeffer qu'il était désolé, qu'il n'avait pas le temps. J'y serais peut être restée, parce que j'aurais eu d'autres envies. Cela m'aurait permis de travailler et à cette époque-là toutes ces installations techniques coûtaient une fortune.

Arman m'avait offert un petit Stellavox avec lequel il y avait dix minutes d'enregistrement. J'avais un boîtier à piles à côté, tout un bricolage, un bidulage, pour me faire des petits enregistrements par-ci, par-là. J'ai fait surtout des enregistrements de bruits naturels de mer, le vent, la pluie, les éboulements. Les éléments, c'est ce qui m'a permis après, quand je me suis séparée d'Arman et retrouvée chez Pierre Henry comme son assistante et que j'avais des heures de libres de studio, de faire la toute première pièce 'ELEMENTAL I' à partir de ces bandes-là. Et puis d'autres, avec les techniques de réinjection.
Mais en 1957 - 1958, cela devenait vraiment trop compliqué. On avait envisagé un moment de venir habiter à Paris, mais avec les enfants c'était trop difficile. C'était quand même beaucoup mieux à Nice. Chaque fois que j'allais à Paris, ce qui se passait à Nice ce n'était pas terrible. J'ai décidé qu'il fallait bien que quelqu'un reste à Nice tant qu'on ne pouvait pas avoir des gens sur qui compter pour partir trois jours, que ce soit pour Arman comme pour moi. Nos désirs ne pouvaient s'épanouir qu'à Paris, surtout moi, parce que Arman, finalement pouvait travailler à Nice comme il l'a fait d'ailleurs.
Cela s'est fait à un moment où j'avais un rendez-vous très important pour des projets. J'étais acceptée au studio de l'Essai, dans la mesure où je faisais profil bas : la petite stagiaire. Ce qui m'intéressait, c'était à la fois d'apprendre, découper, faire tous les montages.

Je donnais des conférences sur la musique concrète, d'abord dans la région niçoise, de Nice à Mouans-Sartoux, puis Cologne en Allemagne, Darmstadt, Amsterdam. J'avais un très beau projet aussi à ce moment-là, qui avait l'agrément de Maître Pierre Schaeffer. C'était la composition d'un film qui aurait été associé à ce qui se passait dans les arts plastiques à l'époque, pour lequel j'avais déjà contacté un certain nombre de galeries. Tout le monde était très enthousiaste autour de ce projet et la musique concrète et Pierre Schaeffer m'avait même adressée à des gens comme Pierre Braunberger, Alfred Dauman. J'avais un rendez-vous avec Alfred Dauman, quand la veille j'ai appris que Yves était malade et qu'il y avait une grève des trains qui se préparait, grande spécialité française. Et du coup j'ai décidé de partir le soir même et annuler ce rendez-vous.
er
C'est dans la nuit dans le train que je me suis dit : « ce n'est pas possible, je ne peux pas continuer comme cela. »
5 Entretien Éliane Radigue / Marc Moreau du 2 juin 2018
Yves était tombé gravement malade. Dans ce train, j'ai pris la décision de dire : bon, c'est impossible.
Et donc, que ça suffisait comme ça et que j'arrêtais tout.
Quand j'arrête, j'arrête.
Et cela a été terminé pour moi.
C'est moi qui allait au magasin 'Au Foyer' quand Arman était à Paris.
À Nice, c'est Fatheur qui nous entretenait en payant les loyers, les factures et donnait cent francs par semaine.
6 Entretien Éliane Radigue / Marion Moreau du 5 février 2019



Notre manière de vivre sentait un peu le souffre. »
7 Entretien Éliane Radigue / Marion Moreau du 20 février 2019
4/5

		
bonPoids S’il fallait dater le point de bascule concernant la situation de leur couple, c’est sans doute là le moment où va se rompre un équilibre qui ne réussira plus à se rétablir. 
Lui ne sait pas relayer dans le partage des tâches de s’occuper des trois enfants.
Se souvenir que de surcroit, il ne supporte pas l’absence.
Ils ont été précurseurs en bien des points quant à leur manière de vivre dans leur couple. 
Arman ne sait pas assumer le statut de père au foyer. 
Il aime qu’elle soit cette femme libre qui assume une carrière, là n’est pas la question. Il a toujours eu un côté un peu pygmalion dans ses relations amoureuses.
Assumer, seul, le quotidien, il ne sait pas faire. Sans oublier l’épineuse questions des jeunes filles au pair, sans compter celles dont il ne peut résister à vouloir toujours les conquérir.
	 
Éliane va rentrer à la maison, abandonner ses projets de carrière qui promettent d’être brillants pour s’occuper des enfants.
Aussi le remplacer 'Au Foyer' lorsqu’il a besoin à son tour de liberté de mouvement.
Son tremplin à lui va être assuré : tout va démarrer en flèche. 
	
Après l’avoir empêché de se perdre dans un projet de vie politiquement correct : pour mémoire un projet de carrière de démarchage immobilier pour assurer les subsides familiaux. 
Éliane lui offre un tatami pour se déployer à sa mesure de liberté de mouvement.
	 
On sait combien chez lui le tapis de judo relève d’un talent : IL VA S’Y DÉPLOYER.
		
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Épisode 8 1960
C'ÉTAIT IMPOSSIBLE
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lettre
marion notes  Reconstituer l’histoire, c’est chercher les indices qui lorsqu’ils sont identifiés, dessinent les pistes permettant d’avancer pour comprendre.
La question de le perte du D d’Arman est entré dans la légende ! Dont celle, perpétuée par lui-même de l’erreur typographique.
Dés 1957, le cachet de la poste fait foi ! La chose était d’actualité !
memoiresmemoires  « Van Gogh signait Vincent. Comme lui, je signais de mon seul prénom : Armand. Le raccourci Arman est venu d’une erreur de l’imprimeur, en 1958. Ayant une exposition chez Iris Clert, le D final de mon prénom a disparu dans la précipitation. Qu’on change l’orthographe de mon nom me paraissait intolérable. J’ai fait un scandale. Je craignais qu’on ne me reconnaisse plus, j’avais peur d’avoir à reconstruire ma carrière. Iris Clert m’a alors pris à part : « Ecoute, mon coco, tu es complètement inconnu. Tu as dix copains qui se souviennent de ton prénom. De plus Armand, cela fait garçon coiffeur. La prochaine exposition, on la fait aussi sous le nom d’Arman, ou on ne la fait pas » C’est comme ça que je suis devenu Arman… ».
1 Arman. Mémoires accumulés (p. 38). (Belfond) réédition numérique FeniXX. Édition du Kindle.
poussieres
eliane
« Les Poubelles, non, non, non, je n’ai jamais pu, je ne peux pas et je ne peux toujours pas ».
2 Entretien Éliane Radigue / Marion Moreau du 5 février 2019
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le plein
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le plein 
« … Une histoire qui ne me convenait pas, voilà.

… Il y avait toujours cette complicité entre nous, mais cela prenait une tournure qui n'était pas du tout la mienne.
… Mes réactions, quand on a commencé à avoir de sévères dissensions conjugales, c'était plutôt la fuite.
… Ce qui faisait drame… Je me rappelle avoir fait un jour le compte, puisqu'il me racontait tout et qu'il me donnait, apparemment, toute liberté (mais il ne fallait pas aller trop loin, moi, de mon côté.)
… J'avais fait le calcul qu'à travers la planète, il y avait dix-huit petites amies réparties de tous les côtés.
J'ai trouvé que mon univers commençait à devenir un peu lourd… ».
3 Entretien Éliane Radigue / Marion Moreau du 20 février 2019


		
bonPoids Les "Poubelles" et Le "Plein" vont signer la chose qui se termine qu’ils appelleront « notre divorce intellectuel. » 
Le silence, celui qui se tait, de ce qui ne réussit plus à se dire, celui qui décide de ne plus se raconter va faire cartouches aux désarrois de leur désaccord. 
De celles pour faire mal, de la déception d’avoir perdu cet échange qui faisait leur carburant à vouloir dévorer le monde. 
Lui va continuer, longtemps, de regretter et essayer de retisser des solutions à leurs contradictions. 
Elle, elle se met en mode veilleuse. Ne pas s’y tromper, c’est moins visible, mais elle ne l’épargnera pas. 
Ce sera comme lorsqu’on ne sait plus combien on s’est aimé : les malentendus vont se décliner en multiple. 
Leurs vies vont ressembler à ce que chacun sait lorsque c’est difficile de se séparer...


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Épisode 9 1960
ET LA LUMIÈRE FUT
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futsfuts
« Je voulais changer la manière de voir. »
memoiresmemoires  « …Avant d’aborder le geste, il faut parler de la vision. L’artiste est avant tout un voyeur. Tout dépend donc de ce qu’il regarde.
En principe, il lui est difficile d’ignorer le temps dans lequel il vit. Certains préfèrent contempler les voiliers ou ou les paysages. Comme chantre de la civilisation urbaine, je regarde plutôt les outils, les objets manufacturés. »
« L’objet est le dénominateur commun de mon travail. J’ai ensuite deux directions bien délimitées : l’Accumulation et la destruction. Viennent ensuite les variations et les subdivisions. Je résume : premièrement, usage de l’objet; deuxièmement, mode opératoire pour transformer l’objet. »
1 Arman. Mémoires accumulés (p. 38). (Belfond) réédition numérique FeniXX. Édition du Kindle.
poubelle
er « La toute première Poubelle, c'est la poubelle de la rue de la Lingerie. C'est celle dans laquelle il y a, entre autres, la boite de camembert "Lepetit".
C'était le camembert préféré de Papou (le père d'Éliane). Il avait vidé les cendres de l'aspirateur. Il avait veillé à ne pas mettre des trucs périssables.

Pour moi, c'était la consternation.

Cela a été le premier divorce intellectuel. »
2 Entretien Éliane Radigue / Marion Moreau du 20 février 2019
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marion dit Il doit ramener tout ça dans la cave. frise1  frise1  frise1  frise1  frise1  frise1  frise1  frise1  frise1 

er « Les Accumulations amenaient Parc de la Californie quelque chose d'impossible à vivre avec ces caisses de cochonneries pleines de poussière. C'était malsain, ce n'était vraiment pas possible.
Il y a eu cette transition vers la cave de son père, rue Paul Déroulède.
Dans le séjour qui était aussi l'endroit où l'on dormait, il fallait se tracer un chemin au milieu de caisses qu'il avait rapporté des puces, ce n'était pas des plus sanitaire.
Il est allé se réinstaller dans la cave rue Paul Déroulède, cela a été fini, qu'il travaille Parc de la Californie. C'est pour cela que les premières Accumulations ne sont pas de grande taille. Là il ne pouvait pas faire des œuvres de grande taille. Bon la cave, c'était une cave comme toutes les caves.
C'était la cave, celle de nos premières amours.
Qui était un point de réunion des trois mousquetaires : Claude, Yves et Arman, qu'ils avaient décoré tous les trois. Sur le mur, ils avaient fait une fresque très primitive avec des marques de mains de toutes les couleurs.
Elle avait été laissée à l'abandon, elle existait encore, ils avaient simplement vidé tout ce qu'il y avait dedans pour y mettre tout son matériel.
Les premières oeuvres, ont consisté simplement à mettre un Rhodoïd sur la boite, telle quelle. Tel qu'il l'avait découvert.
Je trouvais ce protocole intéressant et je le suivais avec beaucoup d'intérêt. »
3 Entretien Éliane Radigue / Marion Moreau du 20 février 2019
portrait derriere tete
« Pour moi, la réconciliation intellectuelle. »
4 Entretien Éliane Radigue / Marion Moreau du 20 février 2019
accumulation  accumulation  accumulation  accumulation  accumulation  accumulation
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« Ce partage de l'art, ça c'est resté et c'est resté jusqu'à la fin. »
5 Entretien Éliane Radigue / Marion Moreau du 20 février 2019
nouveaux R
memoiresmemoires  « Le 27 octobre 1960, invité par Pierre Restany, nous nous réunissons 14, rue Campagne-Première, dans l’appartement d’Yves Klein.
Il y avait là Hains, Villeglé, Dufrène; Tinguely, Spoerri, Niki de Saint Phalle; Klein, Raysse et moi.
Aussitôt arrivé, Raymond Hains met en question la présence de Daniel Spoerri. « Que fait-il ? » Tinguely s’avance vers la table de Klein et dit : « Il colle tous les objets, crac, comme ça, sans rien changer. » « Il faut voir, il faut voir », fait Hains en restant dans le vague. Puis ce fut au tour de Martial Raysse d’être soupesé. « Je ne connais pas son travail », dit Hains. « Je te dis que c’est bien », affirme Yves Klein. «  Mais je ne connais pas. Est-il vraiment Nouveau Réaliste ? »
Hains, en plus d’être un philosophe bavard, est un discutailleur buté. On tentait de se mettre d’accord sur un programme minimum et déjà la polémique commençait.
La définition « nouvelle approche perceptive du réel » était encore trop précise pour certains. Comme Martial Raysse habitait la mansarde d’Yves Klein, toute l’équipe en rang serré monte au sixième étage. Mais avant que nous quittions l’appartement, Restany nous avait fait signer le manifeste avec le droit, pour chacun, de retirer sa signature. Puis, il disparaît.
…Vingt minutes après le départ de Restany, il n’y avait plus de groupe des Nouveaux Réalistes. »
« … la théorie des Nouveaux Réalistes ? »
« L'appropriation. »
6 Arman. Mémoires accumulés (p. 25). (Belfond) réédition numérique FeniXX. Édition du Kindle.
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bonPoids Le travail de recherche mené autour de leur histoire, à elle et lui, avait fondé une hypothèse : 
objectiver ce qu’il en est de la part de l’un et de l’autre comme vecteur à avoir impacté leurs parcours de création. 
L’exigence, tout au long à identifier les paramètres d’influence avait abouti à une sorte de remise en questions de l’hypothèse. 
Non, on ne pouvait pas décider du croisement des archives qu’il faille déclarer que les deux aient pu avoir une influence réciproque sur leur parcours. 
Que l’un sans l’autre, ils auraient de toute façon atteint l’objectif fixé : RÉUSSIR.
	
Renaud Bouchet, tome 1 de la Genèse de l’Accumulation écrit : « …encore chercher ».
C’est bien : il y a trois tomes à venir !
Ici se veut la contribution à la recherche. Pour cause de ce que la famille représente d’utile sur le sujet : TÉMOIGNER. Puisque nous sommes témoins ! Le souci à transmettre les mémoires au plus juste a déterminé la volonté de mise à contribution. Puisque les hypothèses avancées sont là aussi pour être éventuellement invalidées par toutes celles et ceux qui continueront de chercher. Et tant mieux pour ces deux grands créateurs : qu’il y en est beaucoup, de chercheur-e-s ! À charge de démontrer le contraire : je me dois de témoigner ici que nous nous sommes trompés de douter d’une possible influence de l’une sur l’un et de l’autre sur l’une. Sans l’un, sans l’autre, désaccords amoureux inclus qui n’ont rien changé à l’affaire, du difficile que l’on sait des désaccords qui s’instaurent de vivre ensemble, à se frotter au quotidien. Dans leur cas, s'ajoute en plus des problèmes financiers, d’élever trois enfants. Jeunes pour toute cette responsabilité. Bref : c’est la vie ! Ils ont traversé les tempêtes relationnelles amoureuses, intellectuelles, sociales, amicales en gardant intact leur PACTE. Celui scellé dès leur rencontre. Pour mémoire : quoi de plus naturel que de PARLER ENSEMBLE.
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Épisode 10 1962
EN BATEAU À VOILES
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calmant  chelsea calmant 
mmm  DUR DUR...
calmant  calmant  calmant  calmant  calmant  calmant  calmant 
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gstaad
gstaad
mmm  Jacques Matarasso, présent à l’évènement m’a confié :
« C’était tellement fort, tellement énorme,
que moi, c'est à ce moment que j’ai su : le message allait tenir du chef d’oeuvre ».



Il ne s’est pas trompé…
chopin
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apa
apa
calmant
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bonPoids Nous savons la suite : ILS L’ONT FAIT. 
                   Oui, ils se sont élevés-ensemble.
	
Ce long et patient travail de reconstitution de leur histoire personnelle a mis en évidence un incontournable pour les comprendre. 
Ce qui a scellé leur lien, passé, présent et à venir, c’est de ne jamais s’être trahi sur ce point : RESTER FIDÈLE AU PACTE DE PAROLE. 
Que ce soit pour ce qui concerne la parole tenue à tout se dire (même les pires). Du courage à tout se dire, (même ce qui ne se dit pas). 
De ce qui ne peut pas se parler, comme de ce que qu’ils ont décidé de taire.
Arman a toujours su et voulu instaurer l’autre en interlocuteur-trice : une nécessité vitale pour lui d’échanger pour se trouver. VU-PRIS, dans la communication et traitement du matériel façon mise en pratique sur le tatami du faire. Éliane, plus difficile à décrypter, on pourrait croire qu’elle peut se passer de l’autre pour s’y retrouver. Solitaire à regarder et attraper les bruits du monde à transformer en signes. Nous sommes la somme de notre historique : ces deux enfants uniques ont été à l’identique un centre exclusif d’attention avec les accrochages qui constituent la légende personnelle en devenir. Avec, pour l’un comme pour l’autre les effets retour sur investissement de deux mères exclusives et deux pères en retrait. Ils ont gardé en commun ce désir fou d’échapper vers la liberté. Et ils ont décidé de construire vaillamment un décor à cette mesure. Ils désobéiront à toutes les fictions sociétales du moment. Ils assumeront leurs choix quoiqu’il en coûte. Elle sera déçue, vite : sa soif d’absolu ne sera pas comblée. Mais elle sait qu’il disait vrai : « Fidèle à mes infidélités »… Ils tiendront le paradoxe de leur relation jusqu’au bout. Il va soutenir son parcours de compositeur(e)
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